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Muhammadu Buhari, le président anti-corruption qui veut se faire réélire

Muhammadu Buhari, qui compte briguer un nouveau mandat à la tête du Nigeria l’an prochain, a marqué l’histoire politique de son pays en devenant le premier candidat de l’opposition à battre un président sortant par les urnes.

Lundi, le leader de 75 ans a annoncé qu’il souhaitait se présenter pour un deuxième mandat consécutif. « La victoire est assurée par la grâce de Dieu et ensemble, nous devons continuer à assainir l’environnement politique du Nigeria », a-t-il déclaré.

Ancien général putchiste, il avait dirigé le Nigeria une première fois entre 1984 et 1985, avant d’être élu président en 2015, dans un scrutin historique, où l’opposition a remporté sa première victoire depuis l’ouverture du Nigeria à la démocratie.

C’était la 4ème fois qu’il se présentait au poste suprême. Ses promesses de lutter contre la corruption endémique du pays et contre le groupe jihadiste de Boko Haram ont finalement séduit les électeurs.

Mais sa présidence aura été ternie, dès le début de son mandat, par des inquiétudes sur ses capacités physiques et intellectuelles à gérer un pays de 180 millions d’habitants et, jusqu’en 2016, 1ère économie du continent africain.

Lors du sommet du G7 en juin 2015, où il était invité par la chancelière allemande Angela Merkel, il l’appela « Présidente Michelle d’Allemagne de l’Ouest ».

En mai 2016, il apparaissait déjà affaibli lors d’un sommet international pour la sécurité à Abuja et annulait plusieurs voyages présidentiels, avant de s’envoler à Londres passer des examens médicaux pour une « infection de l’oreille ».

En janvier 2017, le président repartait dans la capitale britannique faire des « contrôles de routine ». A son retour huit semaines plus tard, très amaigri et affaibli, il avouera n’avoir « jamais été aussi malade ».

Début mai, il repart pour la Grande-Bretagne, une heure après avoir reçu 82 lycéennes de Chibok, kidnappées trois ans auparant par Boko Haram. Cette libération, négociée avec le groupe jihadiste, représente sans doute sa plus grande victoire politique. Il rentrera chez lui plus de trois mois après, sans avoir jamais révélé la nature de sa maladie.

Les vacances à la tête de l’Etat représentent une inquiétude permanente au Nigeria: en 2010, le président de l’époque, Umaru Yar’Adua, est décédé de problèmes rénaux, cachés des mois durant, entraînant de grandes incertitudes et une paralysie politique.

Ses absences répétées sont intervenues à un moment particulièrement difficile pour le géant pétrolier d’Afrique, alors plongé en pleine récession économique: inflation record, monnaie nationale (naira) au plus bas et investissements internationaux gelés.

Même si Boko Haram est affaibli, et que la production de pétrole montre de nettes améliorations depuis l’an dernier, le pays reste aujourd’hui en proie aux tensions ethniques et aux violences, notamment dans toute la « Ceinture du milieu » où les attaques entre éleveurs peuls et agriculteurs chrétiens attisent les divisions religieuses.

– ‘Austère et spartiate’ –

M. Buhari s’était engagé « à faire du Nigeria un meilleur pays » après sa victoire à la primaire de l’APC (All Progressive Congress), en décembre 2014, promettant « force, engagement, sueur, labeur au service du peuple ».

L’ex-général, musulman pieux, avait ensuite réussi le défi de remporter les voix des grands centres urbains (dont Lagos et Abuja) lors des élections générales, et avait séduit des électeurs jeunes et découragés par des décennies de corruption généralisée, de favoritisme et d’impunité.

M. Buhari, lors de son premier passage au pouvoir dans les années 80, n’avait pas profité de sa fonction pour s’enrichir et son porte-parole décrivait un style de vie « austère et spartiate » alors qu’il révélait son patrimoine au grand public.

Toutefois, sa politique anti-corruption, applaudie les premiers mois, a très vite été critiquée, certains dénonçant une « chasse aux sorcières » à l’encontre de ses opposants politiques. Des milliards de dollars ont été saisis, mais aucun procès pour corruption n’a abouti et personne n’a été condamné.

Sa manière de gouverner, que certains considéraient comme autoritaire et obtue, lui aura valu nombre de critiques.

Ayant commencé sa carrière politique pendant les décennies de dictatures militaires, M. Buhari a gardé une « confiance limitée dans les hommes qui représentent les institutions », note Benjamin Augé, chercheur à l’IFRI et spécialiste de la politique nigériane.

La lenteur à nommer son gouvernement (près de 6 mois après sa prise de fonction) n’aura pas aidé le pays à faire face à la chute des cours du pétrole, dont il dépend à 75% pour son budget.

Divorcé d’une première union avec Hajia Safinatu, jeune femme discrète issue comme lui de Katsina (nord), avec qui il a eu 5 enfants, il s’est remarié en 1989 avec Aisha, qui lui a également donné cinq enfants.

Source: information.tv5monde.com

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