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Le fardeau des demandeurs d’asile n’est pas économique

Alors que l’Europe semble avoir trouvé un accord fragile sur la gestion des migrants, une équipe du CNRS menée par Hippolyte d’Albis a livré une étude sur l’impact économique des demandeurs d’asile. Elle conclut qu’ils ne dégradent ni les performances économiques ni les finances publiques des pays d’accueil.

Le sujet est clé, car si leur nombre a chuté de 60 % en 2017 par rapport à l’année précédente, l’afflux inédit de migrants en 2015 n’a pas fini de déstabiliser la chancelière allemande, et plus généralement de diviser l’Union européenne. Un fragile accord a toutefois été trouvé lors du sommet des 28 et 29 juin. Les dirigeants se sont entendus sur la mise en place de plates-formes de « désembarquerment » dans les pays extérieurs à l’Union pour limiter les arrivées et des centres « contrôlés » dans l’Union pour ceux secourus en mer. Dans ces centres, une distinction « rapide » serait faite entre migrants irréguliers à expulser et demandeurs d’asiles à répartir sur une base volontaire entre les pays.

Le principe de quotas obligatoires tant décrié par le groupe de Visegrad (Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie) est donc supprimé. Pour ces chercheurs, les demandeurs d’asile ne devraient pas déstabiliser les économies des pays volontaires. Ils se sont appuyés sur des données de pays d’Europe de l’Ouest de 1985 à 2015 (flux des guerres des Balkans, printemps arabes, conflit syrien) avec un modèle qui laisse parler les données statistiques en imposant très peu d’a priori. Ils distinguent l’impact des migrants permanents de celui des demandeurs d’asile. Ils montrent qu’entre dépenses publiques et recettes fiscales, les migrants permanents produisent des impacts positifs sur le PIB par habitant jusqu’à quatre ans après leur entrée. Pour les demandeurs d’asile, aucun effet négatif n’est observé et l’effet devient positif au bout de cinq ans lorsqu’ils rejoignent la catégorie des migrants permanents.

Selon les auteurs, la crise migratoire n’est pas une charge pour les économies européennes. Elle pourrait même être une opportunité. Mais il faut lire l’excellente série de reportages de Sylvie Kauffmann, Vents d’est sur l’Union, publiés dans Le Monde pour comprendre que l’économie n’est pas la seule préoccupation des élites comme des peuples sur les sujets d’immigration. Les enjeux de souveraineté, l’histoire, l’identité, les valeurs comptent au moins autant. À l’inverse de ce que pensait James Carville, le conseiller de Bill Clinton, en fait, « it’s not the economy, stupid ».
Source:usinenouvelle.com

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