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CURIEUSE DEVANT L’ETERNEL !

C’est la fille d’un père pâtissier, façonnée par une mère sévère, qui ne badine absolument pas avec le respect des valeurs sociales de l’ethnie peul. En plus de ses anciens et actuels camarades d’école, Diary Sow est désormais connue de tous. Parcours d’une jeune fille à la fois simple et très humble, à l’avenir très prometteur, et avec une insatiable soif d’apprendre. A suivre…

Son père et sa mère sont très exigeants lorsqu’il s’agit de l’éducation de leur fille. Diary Sow est une élève brillante, qui excelle aussi bien dans les filières scientifiques, que dans les matières littéraires, et la jeune fille ne voudrait surtout pas être formatée. Et si Diary Sow, grande curieuse devant l’Eternel, rêve de pouvoir évoluer dans un milieu professionnel scientifique, elle ne renoncera certainement pas à devenir écrivaine.
C’est à l’école Saint Eugène de Mazenod, où elle obtient son certificat de fin d’études élémentaires, en plus de son trophée du tournoi de « Génies en herbe » à Dakar en 2012, qu’elle fait ses premiers pas.

Diary Sow rejoint ensuite Mbour, sa ville natale, où l’accueille le cours privé de Keur Madior. «Je voulais éviter les frais de transport et mettre ma fille à une distance raisonnable de l’école.» A côté de la distance, le papa a aussi pensé aux grèves à répétition des syndicats. « Notre rôle est d’encadrer nos enfants. C’est un devoir», explique d’emblée le père. Ce pâtissier de profession après une formation en Enseignement moyen pratique (Emp) de 3ans, habite à Mbour, plus précisément au Carrefour Malicounda 1, un nouveau quartier situé à la sortie de Dakar ; la preuve avec les nombreux chantiers. Pas la moindre boutique, pas de marché aux alentours, sans oublier que le quartier lui-même n’a pas encore de couleurs. Les allées sont quasi vides. M. Sow y habite depuis 2012. « Nous avons de l’électricité depuis à peine 6 mois nous explique-t-il, et nous utilisons l’eau du puits, à l’aide d’un filtre. »

La famille plutôt que l’internat

Grâce à ses performances à l’école, les parents de Diary se sont vu proposer de faire participer leur fille au concours d’entrée à l’école Mariama Bâ de Gorée. L’insistance du professeur, M. Leon N’tab, ne recevra pourtant pas d’écho favorable auprès de la famille. Bizarre ! Quel est donc le parent qui refuserait de voir son enfant prendre la chaloupe pour rejoindre cette prestigieuse école, et lui donner ainsi la chance d’intégrer la très courue Maison d’éducation Mariama Bâ, cette école d’excellence, fierté d’un système éducatif sénégalais à genou ?

«Sa maman a insisté pour qu’elle reste en famille. Elle est encore trop fragile pour partir de la maison, raison pour laquelle elle a refusé que sa fille aille à Mariama Bâ. C’est la maman qui gère l’éducation des enfants. Elle insiste sur l’éducation des enfants à la maison », explique son papa.

C’est ainsi que Diary est inscrite à l’école Keur Madior de Mbour, pour suivre les enseignements du moyen secondaire : elle se distingue par ses bons résultats et décroche, sans difficulté, son Brevet de fin d’études moyennes (Bfem), alors que les autorités parlent de promouvoir les filières scientifiques. Au terme des Assises nationales de l’éducation et de la formation, il a été retenu de mettre sur pied un lycée scientifique d’excellence. Comment Diary s’est-elle donc retrouvée dans ce lycée au cœur du Baol, alors que ses parents ne voulaient pas entendre parler de Gorée ? « Je ne peux pas vous dire comment cette décision de rejoindre Diourbel m’est venue. Je n’étais pas prête. C’est ma professeure de français du collège qui m’a informé de l’appel à candidature du lycée. A la suite de cela, les responsables ont signalé à mon papa le concours d’entrée. J’ai passé le test et j’ai réussi ».

« La maman était sceptique au début, ajoute son papa. Mais les circonstances ont fait que Diary est allée passer le concours. » Nouveau défi, nouvelle page à écrire. Habituée à ne pas être loin des parents, Diary fera pourtant le voyage. Destination la capitale du Baol, Diourbel, et un autre monde, l’internat, sans le contrôle permanent des parents ; de la maman surtout. « J’avais peur. C’est triste de plus être sous l’aile des parents et d’engager une nouvelle vie. Je me posais énormément de questions. Je ne réalisais pas que je quittais mes parents », se souvient-elle.

Diary était-elle prête ? Oui, dira-t-elle, grâce à sa capacité d’observation pour pouvoir ensuite agir et s’adapter. « Mon intégration n’était pas facile, confie-t-elle. Je n’aime pas me mêler à la foule. Prendre un peu de distance pour ne pas avoir de surprises », confie-t-elle.
Inquiétude rapidement dissipée, Diary s’attaque comme elle l’a toujours fait à ses activités pédagogiques. «Je suis certes dans un lycée scientifique, mais je ne me focalise sur aucune matière. Je travaille sur tous les enseignements. Je me suis vite adaptée. J’ai essayé de suivre le rythme des professeurs. La méthode de travail était rude. J’avais cet avantage de pouvoir m’adapter rapidement ».

Une persévérance qui a porté ses fruits, un prix, puisque le nom de Diary Sow est désormais inscrit en lettres d’or dans les annales du prestigieux concours général du Sénégal : c’est la meilleure élève de l’édition 2018, pour avoir remporté le 1er Prix Citoyenneté et Droits de l’Homme (16 sur 20), le 2ème Prix en Sciences de la Vie et de la Terre (15 sur 20), le 2ème Accessit de Sciences physiques (16 sur 20) et enfin le 2ème Accessit de Mathématiques (12,75 sur 20). S’y attendait-elle ? La réponse est surprenante. L’humilité est passée par là. Elle explique : « Je ne m’attendais pas franchement à être la meilleure élève de l’édition 2018. Mais, nous avions la conviction de remporter des prix. Nous avons bossé pour ne pas décevoir, surtout dans un lycée d’excellence. Je suis flattée de m’être distinguée au Concours général ».

ROMAN SUR LA SOCIETE SENEGALAISE

Médecin, pilote, avocate…Diary ne fait pour l’instant pas de fixation sur son futur job : elle veut surtout valoriser son potentiel, ses connaissances. «Je suis scientifique mais j’envisage de mettre à profit mes connaissances sur les filières scientifiques », dit Diary, qui consacre une partie de son temps libre à rédiger cet ouvrage qu’elle va bientôt rendre public : un roman sur la société sénégalaise fondée sur son expérience personnelle. « C’est une jeune fille qui va raconter son histoire. Elle va partir de ses défauts à elle pour analyser la société sénégalaise », explique Diary.
Qui a bien pu lui exprimer ce goût de l’écriture ? Marc Levy. C’est un romancier français qui a un regard différent du monde avec une « sérénité sur la vie », témoigne Diary.
A côté de la littérature, Diary s’intéresse aussi à la génétique. « Il me semble que c’est un domaine qui touche pratiquement, entre autres, à la science, les mathématiques. J’aime aller vers de nouvelles choses », dira Diary.

LES RESEAUX SOCIAUX, UNE PERTE DE TEMPS

Diary Sow est aussi un des rares potaches à ne pas utiliser les réseaux sociaux. Ni Facebook, ni Twitter, ni WhatsApp…Contrairement aux jeunes gens de son âge, Diary n’est pas fan. Pourquoi pas ? Sa réponse est sans ambages : c’est une perte de temps. « Ce sont des futilités. Je préfère faire autre chose que d’aller sur les réseaux sociaux. Je consacre mon temps à faire des recherches sur des questions que je pose à longueur de journée.
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